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Opinion

 Tutoiement ou vouvoiement au sein de l’école publique neuchâteloise ?

mercredi 7 octobre 2009


La presse régionale a présenté brièvement la question fondamentale du retour du vouvoiement à l’école publique en lieu et place du tutoiement.

A entendre ses partisans, le moment est venu de resserrer les boulons et de re-fixer un peu d’ordre au sein des échanges entre maître et élève.

C’est tendance, comme le disent les faiseurs d’opinion !

Pus fondamentalement, le mode de relation met en lumière des réalités beaucoup plus subtiles. Elle met en contradiction l’autorité et de l’autoritarisme.

La qualité relationnelle entre un maître et ses élèves dépend-t-elle simplement du vouvoiement ou du tutoiement ?

Cela paraît un peu simpliste dans une relation visant à permettre aux enfants de se construire. Certes le vouvoiement permet d’instituer un certain respect et le tutoiement peut introduire un laisser-faire. Mais il ne s’agit que d’un outil et celui-ci ne touche pas en profondeur à la qualité du lien de respect entre l’adulte et l’enfant.

On connaît tous des exemples ou un maître que l’on vouvoyait n’était pas respecté alors qu’un autre que l’on tutoyait l’était !

Le respect profond de l’autre se construit sur la personnalité de chaque personne, de son histoire, de ses compétences et de ses objectifs. Si la personnalité est équilibrée,si pour le maître l’objectif est de faire grandir l’élève plutôt que de l’obliger à ingurgiter « son savoir », alors le lien sera respectueux quelque soit le mode utilisé, tutoiement ou vouvoiement.

Derrière ce retour au vouvoiement se cache une conception plus perverse, basée sur le concept conscient ou inconscient de domination. Je suis le plus fort, le plus grand, le plus âgé. Si tu me vouvoies, la règle sera respectée et l’ordre sera établit. Il y a les patrons, les maîtres de l’économie, les barons de la finance, les sportifs d’élite et les autres, le petit peuple, vous ne voudriez tout de même pas qu’ils se tutoient, sauf pour des question de « marketing » !!

L’ordre social et l’épanouissement ne peuvent pas se construire durablement sur de telles règles. Ils ne peuvent s’établir que sur un approfondissement permanent de la qualité des échanges, sur le respect des uns envers les autres dans les deux sens, sur tout ce qui favorise le plus grand épanouissement possible de chaque élève.

Le choix entre tutoiement et vouvoiement n’est qu’un épiphénomène qui ne changera pas la qualité des liens que les uns doivent avoir envers les autres.

Alain Bringolf


Texte paru dans Gauchebdo

POP neuchâtelois  |   Dernière mise à jour: le 15 mars 2018

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