Nous considérons que la virulence de la lettre était bien modérée face aux propos publiés dans les éditoriaux du Figaro reproduits par l’Express / L’Impartial. Voici le texte signé par Julien Binggeli.
Monsieur le rédacteur en chef,
L’Express a toujours été un journal de droite, mais avec la publication des éditoriaux de Monsieur Yvan Thréard du Figaro (propriété de Dassault comme vous ne l’ignorez pas), nous atteignons des sommets d’idéologie réactionnaire.
Cela fait à présent deux semaines que votre quotidien reprend les antiennes anti-grévistes et anti-ouvrières de ce personnage, classé à l’extrême-droite par le site de critique des médias (ACRIMED) : http://www.acrimed.org/Threard-Rioufol-Zemmour-ces-editorialistes-VRP-du-Front-national.
Non content de désinformer l’opinion publique quant aux luttes exemplaires menées par les salarié-e-s français, ce triste sire se répand dans des considérations odieuses suintant la haine de classe par tous les pores, notamment contre la Confédération générale du travail et son secrétaire général Philippe Martinez.
Les travailleurs-euses français et leurs syndicats luttent depuis des mois contre l’inique loi El Kohmri qui représente la plus grand casse du code du travail menée par un gouvernement depuis 1945 et qui signifie seulement le recul de tous les droits sociaux chèrement conquis par le mouvement ouvrier. L’État capitaliste tente de briser le mouvement social en le délégitimant par tous les moyens possibles que cela passe par les coups de force rhétoriques et symboliques de Monsieur Thréard et de ses confrères ou en le cassant physiquement par les provocations et les violences policières insoutenables (regardez les images disponibles sur internet, pas celles des médias dominants : https://la-bas.org).
En France, les rapports sociaux de classes (capital/travail) se manifestent au grand jour et les salariés ripostent. Pas comme en Suisse, où la domination sociale est soigneusement cachée et recouverte d’une tartine de propagande, saupoudrée de consensus, qui font les beaux jours de notre bourgeoisie nationale. Comme disait l’autre : ’le consensus est la forme réussie de la coercition’.
La soumission et la docilité populaires sont déjà assez fortes chez nous sans encore en rajouter à coups d’éditoriaux cinglants et ineptes distillés par ce qu’en d’autres temps on aurait appelé un ’valet du capital’. Ou bien vous présentez les propos de Monsieur Thréard pour ce qu’ils sont, soit la prose d’un homme de droite, rétribué par le capitaliste Serge Dassault, pour un lectorat français de droite et destiné aux classes petites-bourgeoises et supérieures ou bien vous cessez de le publier. Car mettre en exergue ce type d’articles sans un mot sur ses conditions économiques et sociales de possibilités laisse accroire au lecteur lambda qu’il représente le courant d’idées majoritaires. Loin s’en faut !
Rappelons-le : la loi patronale El Kohmri signifie uniquement la libéralisation du marché du travail, que les travailleurs-euses helvétiques ne connaisse que trop bien, eux dont les droits sont réduits au minimum, sous l’égide de l’Union européenne et d’un gouvernement ’socialiste’, qui ne vise qu’à restaurer les privilèges selon le mot fameux de Marx ’du renard libre dans le poulailler libre’. Monsieur Thréard fait son travail dans le cadre rappelé plus haut, j’ose espérer que l’Express fasse le sien en rappelant d’où est produit ce type de discours ou en s’abstenant de le publier.
En espérant que vous tiendrez compte de ce qui précède, je vous prie d’agréer, Monsieur le rédacteur en chef, mes meilleures salutations.
Julien Binggeli, Neuchâtel